Espace Lucrèce
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Critique de Jeanine Rivais Quiconque suit le travail de Petra depuis quelques années, se rend compte que son questionnement ne connaît aucune relâche. Lorsque son travail a véritablement trouvé « sa » forme, elle en est venue à un CRI en direction de ce monde qui lui était si douloureux. Et les années se sont écoulées sur ces corps tordus de souffrance, ces visages aux os saillants, ces individus en position fœtale…Une oeuvre de survie pleine du propre mal-être de l’artiste. Les années ont passé. Au cours desquelles elle a pu peut-être se ressourcer. Devenir un peu plus capable de prendre du recul, réfléchir sur son travail. Pour autant, aucune sérénité, aucun soulagement ne sont apparus. Mais de nouveaux questionnements, plus précis, plus ponctuels. Liés à son enfance. Car Petra est née à Berlin en 1941. Au cœur donc, de l’horreur nazie. Et bien que toute petite à cette époque-là, des images sont restées fixées dans son inconscient, dans sa mémoire peut-être. Qui ressurgissent aujourd’hui. Et ce sont de nouveau des êtres partis dans la mort, ou au bord de l’au-delà ; des corps calcinés, des entassements de squelettes qui sont nés de cette nouvelle angoisse (mais est-elle bien nouvelle ? Ne devrait-on pas dire « repoussée jusqu’à présent » ?) ; des robes raidies de crasse pendues depuis des décennies à des cintres ; des tas de jouets, de chaussures calcinés, extirpés des fosses chaulées… Une horreur égale à celle de Nuit et brouillard d’Alain Resnais. Mais parce qu’une fois encore, Petra a la vie chevillée au corps, parce qu’elle « veut » à la fois témoigner et se libérer… exceptées quelques victimes couchées dans des cages, la plupart de ses personnages sont hurlants certes, mais debout. Reproduisant tous les souvenirs qui se sont « échappés » des camps : fixant de leurs grands yeux exorbités cernés de noir, le spectacle de la misère de leurs compagnons ; demi-nus cachant leur nudité sous les horribles oripeaux devenus emblèmes de cette période noire ; horrifiés, protégeant leurs visages de leurs mains ; ou au contraire à bout de pudeur, jambes écartées, seins dénudés… Des mères exsangues et étiques tenant encore par un dernier amour leur enfant, partant vers où ? Et Petra, dans cette misère mémorielle ? Est-elle cette enfant tenue par la main ? Cette autre embrassée par sa mère ? Se cache-t-elle sous cette robe brûlée ? Sous cette autre montrant encore quelques fleurs ? Est-elle tous ces êtres à la fois, pour qui elle porte témoignage ? … Comment en être sûr ? Peut-on au moins espérer que cette nouvelle « série » d’œuvres lui apportera enfin la paix ? Que lorsqu’elle pose la question « Et maintenant ? », demeure bien sûr l’interrogation sur ce qu’ont pu devenir les quelques rescapés de l’holocauste ; mais qu’elle sait enfin qu’elle-même est bien vivante. Et peut-on dire aussi que les pavés entassés auprès d’une barricade, témoins de son arrivée en France en mai 68, pourraient être les symboles de sa revanche contre les bourreaux qui la torturent encore malgré ses toiles et ses sculptures ? Qui sait ? Jeanine Rivais Retour en haut de la page
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Critique de Stéphanie Buttay Peintre et sculpteur, Petra trouve dans l’utilisation du vêtement dont elle dote ces personnages le point de convergence entre ces deux pratiques. Jusque-là, ils allaient nus. Puis, il y a deux ans sans qu’elle sache trop pourquoi le recours au vêtement s’est imposé. Deux robes pendent dans la vitrine : l’une est de taille adulte, tandis que l’autre a appartenu à une enfant. Toutes deux ont été blanches un jour, portées les jours de cérémonies ou le dimanche où il convenait que l’on revête ses plus beaux atours : des petites robes de fêtes. Depuis le temps a passé et elles se sont salies. Petra les a empesées d’un mélange de plâtre et de résine leur imposant roideur. Puis elle les a entourées de fils de fer. Ils enserrent le poupon qui repose dans le giron de la petite, tandis que la grande voit son poids alourdi par une croix de métal : la fête semble bien terminée. Appendues à un cintre, ces deux robes qui n’habillent plus que le vide disent la disparition des corps qui les ont un jour habitées. Les effets que Petra utilise sont tous d’un autre âge. Elle les a choisis pour leur coupe, parfois elle met du temps à les trouver. Ils ont la qualité des tissus d’antan, lin, coton épais. Ils datent d’une époque d’avant l’apparition du synthétique, où l’on prenait soin des habits que l’on avait peu, soucieux de leur durée. Ces vêtements, robes, caracos pour les femmes, chemises pour les hommes témoignent au plus près d’une histoire de l’intime, de ce qui s’est tenu tout contre la peau. Plissé, froissé, taché, le vêtement offre une nouvelle matérialité au corps, et contribue à l’effet de surgissement hors de la surface plane de la toile. Les personnages peints par Petra s’inscrivent dans une large bande sombre centrale, parfois surlignée de rouge. Ils se tiennent au seuil d’une béance : porte ou cercueil ? Dans un contraste d’ombre et de lumière, ils tendent vers l’avant. Où qu’ils aillent, d’où qu’ils viennent, ces êtres en souffrance ont grand besoin d’être entourés. En les habillant, Petra transmet à son théâtre d’ombre un peu de sa chaleur. Poupées, peluches, objets s’échappant d’une valise oubliée, émaillent également l’univers brossé à grands coups de peinture par l’artiste. Témoins fragiles de nos parts d’enfance, ils accompagnent ses personnages dans leur sombre traversée. Stéphanie Buttay © Etat-critique.com - 22/10/2007 |
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Critique d'Annie Vincent |